Waymo et la face cachée de la conduite autonome : des opérateurs humains aux Philippines

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Waymo : des opérateurs humains aux Philippines

Imaginez une voiture qui se conduit toute seule, sans personne au volant. C’est la promesse des véhicules autonomes comme ceux de Waymo, la filiale de Google spécialisée dans ce domaine. Mais saviez-vous que derrière cette technologie futuriste se cachent des centaines d’opérateurs humains, installés à des milliers de kilomètres, aux Philippines ? Une révélation qui nous rappelle que l’intelligence artificielle a encore besoin d’une bonne dose… d’intelligence humaine.

Une révélation qui fait débat au Congrès américain

L’information a été dévoilée lors d’une audition au Sénat américain début février 2026, une semaine seulement après qu’un robotaxi Waymo ait heurté un enfant près d’une école élémentaire à Santa Monica, en Californie, déclenchant une enquête fédérale. Mauricio Peña, responsable de la sécurité chez Waymo, a dû répondre aux questions pressantes des sénateurs sur cette pratique méconnue du grand public.

Interrogé par le sénateur Ed Markey sur ce qui se passe lorsqu’un véhicule Waymo rencontre une situation qu’il ne peut résoudre seul, Peña a comparé le système à un « coup de fil à un ami ». Les opérateurs, baptisés « agents de réponse de flotte », interviennent lorsque le logiciel autonome fait face à un dilemme. Ils ne pilotent pas directement les véhicules à distance – ils ne peuvent ni accélérer, ni freiner, ni tourner le volant. Leur rôle consiste plutôt à fournir des informations contextuelles pour aider l’intelligence artificielle à prendre la bonne décision.

Sous la pression des questions, Peña a confirmé que certains de ces opérateurs sont basés aux États-Unis, mais d’autres travaillent à l’étranger, notamment aux Philippines, bien qu’il n’ait pas pu fournir de répartition exacte.

Comment fonctionne réellement l’assistance à distance ?

Dans un article de blog publié en mai 2024, Waymo expliquait déjà ce système : lorsque le véhicule autonome rencontre une situation particulière sur la route, il peut contacter un agent humain pour obtenir des informations supplémentaires permettant de contextualiser son environnement. Par exemple, face à des cônes de signalisation disposés de manière inhabituelle indiquant un changement de voie, le système peut demander confirmation sur quelle voie doit être fermée.

L’opérateur distant accède aux flux vidéo en temps réel des caméras extérieures du véhicule, visualise une représentation 3D de l’environnement et peut même revoir les séquences récentes pour mieux comprendre la situation. La communication se fait principalement par questions et réponses, et l’agent peut suggérer des actions comme le choix d’une voie ou un itinéraire alternatif. Mais c’est toujours le logiciel Waymo Driver qui prend la décision finale et garde le contrôle du véhicule.

Selon un porte-parole de Waymo, tous les agents doivent détenir un permis de conduire pour véhicules de tourisme, font l’objet de vérifications de leurs antécédents de conduite, de dépistages aléatoires de drogues et d’enquêtes criminelles approfondies. Ils reçoivent également une formation sur les règles de circulation locales et les scénarios d’urgence.

Des préoccupations de sécurité et d’emploi

La révélation n’a pas été du goût de tous les élus américains. Le sénateur Markey a vivement critiqué cette pratique, la qualifiant de problème de sécurité : « Avoir des personnes à l’étranger qui influencent des véhicules américains est un problème de sécurité. Les informations que reçoivent les opérateurs pourraient être obsolètes. Cela pourrait introduire d’énormes vulnérabilités en matière de cybersécurité ».

Le sénateur a également soulevé la question de l’emploi, soulignant l’ironie de la situation : les véhicules autonomes remplacent déjà les chauffeurs de taxi et de VTC américains, et voilà que les emplois d’assistance sont délocalisés aux Philippines. Une double peine pour le marché du travail américain.

Waymo n’est d’ailleurs pas seule dans cette pratique. Lors de la même audition, Tesla a confirmé que ses véhicules s’appuient également sur des opérateurs distants similaires pour certaines situations.

Un accident qui ranime les inquiétudes

Le 23 janvier 2026, un véhicule Waymo a heurté un enfant près d’une école élémentaire à Santa Monica, en Californie, pendant les heures de dépose matinale. L’enfant a traversé la rue en courant depuis derrière un SUV garé en double file. Waymo affirme que son système a détecté l’enfant dès qu’il a commencé à émerger et a freiné brutalement, réduisant la vitesse d’environ 27 km/h à moins de 10 km/h avant l’impact. L’enfant a subi des blessures mineures.

Cet incident a déclenché une enquête de la National Highway Traffic Safety Administration (NHTSA), qui examine si le véhicule autonome a fait preuve de prudence appropriée compte tenu de sa proximité avec l’école pendant les heures de dépose et de la présence de jeunes piétons. L’agence s’intéresse également au respect des limitations de vitesse dans les zones scolaires.

Ce n’est malheureusement pas un cas isolé. Waymo fait également l’objet d’enquêtes pour des robotaxis qui ont illégalement dépassé des bus scolaires à l’arrêt dans plusieurs États, notamment au Texas où 19 incidents ont été recensés depuis le début de l’année scolaire.

Une étape transitoire vers l’autonomie complète ?

Cette situation soulève une question fondamentale : les véhicules autonomes sont-ils vraiment autonomes ? La réponse est nuancée. La grande majorité du temps, les Waymo circulent effectivement sans intervention humaine. Des témoignages d’utilisateurs réguliers rapportent avoir effectué plus de 140 trajets avec seulement trois ou quatre brèves interventions.

Waymo accumule des données à chaque trajet, chaque intervention, permettant à ses algorithmes d’apprendre continuellement. L’objectif est clair : réduire progressivement le besoin d’assistance humaine jusqu’à atteindre une véritable autonomie. Mais nous n’y sommes pas encore.

Selon les données de Waymo, la société effectue actuellement plus de 400 000 trajets payants par semaine et prévoit d’étendre ses services à plus de 20 villes, y compris Londres et Tokyo. À mesure que le déploiement s’accélère, les questions sur la sécurité et l’autonomie réelle de ces véhicules deviennent de plus en plus pressantes.

Cette révélation nous rappelle une vérité importante : même la technologie la plus sophistiquée fonctionne encore grâce à un partenariat entre algorithmes puissants et jugement humain. Une collaboration invisible, transfrontalière, mais absolument indispensable – du moins pour le moment.

Et vous, seriez-vous rassuré ou inquiet de savoir qu’un opérateur aux Philippines peut intervenir sur votre trajet en robotaxi ? Cette question mérite réflexion alors que ces véhicules s’apprêtent à devenir une présence quotidienne dans nos villes.


Sources :

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