Fin de la distribution du courrier papier dès le 1er janvier 2026 au Danemark
Le Danemark s’apprête à franchir un cap historique dans quelques jours seulement. PostNord, l’opérateur postal national, cessera définitivement la distribution du courrier papier traditionnel le 30 décembre 2025. Une décision qui marque la fin d’une tradition vieille de plus de 400 ans et qui pourrait bien annoncer l’avenir de nombreux services postaux à travers le monde.
Une évolution devenue inévitable
La décision de PostNord ne sort pas de nulle part. Depuis plusieurs années, le volume de courrier papier s’effondre au Danemark, comme partout ailleurs. Les Danois utilisent massivement les services numériques pour leurs communications personnelles et administratives. L’e-mail, les messageries instantanées et les plateformes gouvernementales en ligne ont progressivement remplacé les lettres manuscrites et même les courriers officiels.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le volume de courrier distribué a chuté de plus de 90% en 25 ans. En 2024, chaque Danois ne recevait plus qu’environ une lettre par mois, soit six lettres par an et par habitant. Maintenir un réseau postal complet pour un flux aussi réduit n’a simplement plus de sens économique. PostNord a d’ailleurs enregistré des pertes de 428 millions de couronnes danoises en 2024, soit environ 53 millions de francs suisses.
Cette transformation reflète une société danoise largement digitalisée. Le pays figure parmi les leaders mondiaux en matière de services publics en ligne, classé juste derrière la Corée du Sud selon l’indice DGI de l’OCDE. La plupart des démarches administratives s’effectuent désormais sur internet, et 95 à 97% des citoyens danois de plus de 15 ans utilisent déjà le système d’identité numérique MitID pour accéder aux services publics, bancaires et administratifs via le Digital Post.
Que va-t-il se passer concrètement ?
À partir du 1er janvier 2026, PostNord ne distribuera plus le courrier traditionnel dans les boîtes aux lettres des particuliers. La dernière lettre sera distribuée symboliquement le 30 décembre 2025. Cela concerne les lettres personnelles, les faire-part, les cartes postales et la majorité des documents administratifs classiques.
Les 1 500 boîtes aux lettres rouges emblématiques, présentes dans le paysage urbain danois depuis plus de 170 ans et ornées du symbole de la couronne, seront retirées. Beaucoup ont déjà été démontées début décembre et mises en vente aux enchères comme objets de collection appartenant désormais à l’histoire.
En revanche, PostNord continuera d’assurer la livraison des colis et des recommandés. Le e-commerce connaissant une croissance continue, les services de livraison de paquets restent essentiels et rentables. L’entreprise se recentre donc sur cette activité, qui constitue aujourd’hui le cœur de son modèle économique.
Cette restructuration entraîne malheureusement la suppression d’environ 1 500 emplois dans la branche courrier, soit environ un tiers des effectifs de PostNord au Danemark. Seuls 700 employés seront réaffectés au secteur des colis.
Le courrier ne disparaît pas totalement
Le cadre juridique danois impose qu’une solution d’envoi de courrier reste disponible. C’est l’entreprise privée DAO qui prendra le relais de PostNord. Cette société, déjà distributrice de journaux et de colis, prévoit de faire passer son volume annuel de lettres de 30 millions en 2025 à environ 80 millions en 2026.
Cependant, le service sera profondément modifié. Les Danois devront déposer leurs lettres dans des points relais spécifiques ou payer un supplément pour une collecte à domicile. L’affranchissement se fera exclusivement en ligne ou via une application mobile. Les timbres traditionnels pourront être remboursés pendant une période limitée.
Attention toutefois : la privatisation du service risque de le rendre plus coûteux. Une nouvelle loi a supprimé l’exonération de TVA de 25% sur les services postaux, ce qui a déjà fait bondir le prix d’un timbre PostNord à près de 4 euros. La privatisation pourrait maintenir, voire accentuer, cette tendance.
Une transition qui laisse des inquiétudes
Si 95% des Danois utilisent déjà le Digital Post, cela signifie que 5% de la population, soit environ 270 000 personnes, n’y ont pas accès ou ont choisi de ne pas l’utiliser. Parmi eux, près de 200 000 personnes âgées ne disposent pas d’un accès régulier au courrier numérique, selon les médias norvégiens.
Les associations comme DaneAge s’inquiètent pour ces personnes âgées, handicapées ou en situation de précarité, qui restent dépendantes du courrier physique, notamment dans les zones rurales moins numérisées. Le risque est qu’elles se retrouvent isolées ou contraintes de faire appel à des intermédiaires pour accéder aux services essentiels.
Le gouvernement danois a assuré que des solutions d’accompagnement seront mises en place pour garantir l’accès aux services essentiels à tous les citoyens. Mais pour Magnus Restofte, directeur du musée Enigma dédié aux télécommunications à Copenhague, le retour en arrière semble illusoire : « Le Danemark est l’un des pays les plus numérisés au monde. Il est en réalité très difficile de revenir au courrier physique. »
Le Danemark, précurseur d’une tendance mondiale
Le Danemark devient le premier pays au monde à décider que le courrier papier n’est plus essentiel, ni économiquement viable. Mais il n’est pas isolé dans cette réflexion. D’autres nations ont déjà engagé des transformations similaires, même si elles n’ont pas encore franchi le pas complet.
Au Royaume-Uni, la fréquence de distribution du courrier ordinaire a été réduite à un jour sur deux à compter de juillet 2025, la livraison quotidienne étant maintenue uniquement pour le courrier prioritaire.
En France, le volume de courrier est passé de 18 milliards de lettres en 2008 à environ 6 milliards en 2024, soit une diminution annuelle de 6 à 8%. Pour compenser, La Poste augmente régulièrement le prix du timbre dans les mêmes proportions. Le timbre rouge a été remplacé par « l’e-lettre rouge » : vous rédigez en ligne, La Poste imprime près du destinataire et livre sur papier.
En Allemagne, les délais de livraison seront allongés à compter de 2025 et les obligations de service allégées, en vue d’une possible réduction d’effectifs.
En Suède, partenaire de PostNord, la distribution a été réduite à quelques jours par semaine seulement, mais le courrier papier n’a pas été totalement supprimé.
Aux Pays-Bas, dans certaines villes, les boîtes aux lettres ont disparu et les lettres doivent être déposées directement dans des magasins.
L’Estonie étudie la possibilité de réduire les livraisons à deux par semaine.
En Australie, la distribution des lettres se fera un jour sur deux dès 2025, tandis que la livraison des colis restera quotidienne. En Nouvelle-Zélande, les livraisons ont déjà lieu deux fois par semaine en ville et trois fois en zone rurale.
Entre progrès et nostalgie
Cette décision suscite des réactions contrastées. D’un côté, elle apparaît comme une évolution logique, une adaptation nécessaire aux modes de vie contemporains. La digitalisation offre rapidité, efficacité et économies substantielles pour les finances publiques.
De l’autre, elle symbolise la disparition d’un élément du patrimoine culturel. Recevoir une lettre manuscrite, un faire-part ou une carte postale avait quelque chose d’unique que le numérique ne remplace pas totalement. Pour beaucoup, particulièrement les générations plus âgées, c’est un morceau d’histoire qui s’efface. Les boîtes aux lettres rouges vendues aux enchères témoignent de cette nostalgie.
Selon l’Union postale universelle, affiliée aux Nations unies et basée à Berne, près de 2,6 milliards de personnes dans le monde ne sont toujours pas connectées en raison d’appareils inabordables ou de l’absence d’infrastructures. Le besoin d’utiliser le courrier physique persiste donc malgré tout à l’échelle mondiale, même s’il est en déclin dans les pays développés.
Le Danemark fait le pari d’une société entièrement numérique, avec les avantages et les défis que cela comporte. Cette expérience sera observée de près par de nombreux pays confrontés aux mêmes problématiques. Comme le souligne Kim Pedersen, directeur général adjoint de PostNord Danemark : « Les Danois sont devenus de plus en plus numériques, et cela signifie qu’il reste très peu de lettres aujourd’hui. Le déclin est si marqué que le marché du courrier n’est plus rentable. »
La fin du courrier postal traditionnel au Danemark marque un tournant symbolique. Elle nous rappelle que nos modes de communication évoluent à une vitesse incroyable et que les institutions doivent constamment s’adapter pour rester pertinentes. Entre progrès technologique et inclusion sociale, l’équilibre reste fragile.
Alors, qu’en pensez-vous ? Seriez-vous prêt à dire adieu au courrier papier ? Cette évolution vous semble-t-elle inévitable ou regrettez-vous la disparition d’une tradition séculaire ? N’hésitez pas à partager votre avis !