Eutelsat OneWeb : l’Europe lance sa contre-offensive spatiale face à Starlink

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Imaginez un instant le ciel nocturne transformé en autoroute numérique, où des milliers de satellites tournent silencieusement au-dessus de nos têtes pour nous connecter à Internet. Cette vision futuriste, Elon Musk l’a déjà concrétisée avec Starlink. Mais l’Europe ne compte pas rester spectatrice de cette révolution. Avec un contrat historique entre Airbus et Eutelsat, le Vieux Continent s’apprête à frapper un grand coup dans la bataille de l’Internet spatial.

Un contrat XXL pour rattraper le retard européen

Le géant aéronautique européen Airbus vient de décrocher un contrat colossal : la fabrication de 340 satellites de nouvelle génération pour Eutelsat OneWeb. Cette commande, d’une valeur estimée à plusieurs centaines de millions d’euros, marque un tournant stratégique pour l’Europe dans la course à l’Internet par satellite. Les premiers lancements sont prévus dès 2028, avec une mise en service progressive de cette nouvelle constellation.

Pourquoi un tel investissement ? Parce qu’aujourd’hui, l’Américain Starlink domine largement le marché avec plus de 7000 satellites déjà en orbite. Cette avance écrasante permet à SpaceX de proposer des connexions haut débit dans les zones les plus reculées de la planète, des villages isolés aux avions en plein vol. Face à cette hégémonie, Eutelsat OneWeb, fruit de la fusion entre l’opérateur français Eutelsat et la britannique OneWeb, ne compte actuellement que 634 satellites en orbite basse. Le rattrapage s’impose donc comme une nécessité économique et stratégique.

Des satellites « Made in Europe » à la pointe de la technologie

Ces nouveaux satellites seront assemblés dans les usines d’Airbus réparties sur le territoire européen, notamment à Toulouse et Portsmouth. Ils présenteront plusieurs avantages par rapport aux générations précédentes : une capacité de transmission de données accrue, une durée de vie prolongée et une empreinte environnementale réduite. Chaque satellite sera placé en orbite basse, à environ 1200 kilomètres d’altitude, pour garantir des temps de latence minimaux – un critère essentiel pour les usages professionnels et les services en temps réel.

L’objectif affiché par Eutelsat est ambitieux : offrir une couverture globale et fiable, particulièrement sur les zones mal desservies par les infrastructures terrestres. Cela concerne aussi bien les régions rurales européennes que les territoires ultramarins, sans oublier les applications maritimes et aéronautiques. Pour les entreprises, les gouvernements ou les particuliers, c’est la promesse d’une connexion stable, peu importe où l’on se trouve sur le globe.

Une souveraineté numérique à reconquérir

Au-delà de l’aspect commercial, ce projet répond à un enjeu de souveraineté numérique. Dépendre exclusivement d’opérateurs américains ou chinois pour les communications critiques pose problème en termes de sécurité et d’indépendance. L’Europe, qui a déjà développé avec succès son propre système de géolocalisation Galileo face au GPS américain, applique la même logique pour l’Internet spatial.

Les institutions européennes soutiennent d’ailleurs activement cette démarche. L’Union européenne travaille parallèlement sur son propre projet de constellation souveraine, baptisé IRIS², qui devrait compter 290 satellites et être opérationnel vers 2030. Eutelsat OneWeb pourrait devenir un partenaire clé de cette initiative, créant ainsi un écosystème spatial européen cohérent et compétitif.

Et après ?

Cette commande massive représente une bouffée d’oxygène pour l’industrie spatiale européenne et démontre que la partie n’est pas encore jouée face aux géants américains. Certes, Starlink conserve une avance confortable, mais la détermination européenne à ne pas abandonner ce secteur stratégique est claire. Les prochaines années seront décisives : l’Europe parviendra-t-elle à transformer cet investissement en véritable alternative crédible ?

Une chose est sûre : regarder les étoiles n’aura bientôt plus la même signification. Entre les satellites qui s’illuminent au crépuscule et les débats sur la pollution lumineuse qu’ils génèrent, notre rapport au ciel nocturne se transforme profondément. Mais c’est peut-être le prix à payer pour connecter les derniers recoins de notre planète.


Sources :

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